
Il est un lieu à Paname, un foyer (le terme est bien exact, car on y trouve nourriture et chaleur humaine), sous une église, propice à la dévotion profane.
Un restaurant solidaire, porté depuis un demi-siècle par des bénévoles d’une association caritative, où la générosité, l’attention à l’autre et la simplicité règnent avec le souci de la bonne cuisine.

Dans ce lieu, l’évergétisme [riches cherchant à conforter leur statut] n’est pas de mise. Le Foyer de la Madeleine s’inscrit dans le don fraternel. Car si le restaurant se situe sous l’espace sacré de la Madeleine, c’est une œuvre laïque, gérée et animée par des hommes et des femmes – ils sont aujourd’hui 150 bénévoles, aidés par cinq salariés -, à donner de leur temps, au service de tous, qu’ils n’aient qu’un euro en poche ou bien plus.
Chose exceptionnelle, au Foyer se côtoient lors des agapes l’indigent et le conseiller à la Cour de comptes, l’avocat et l’étudiant désargenté, le financier du « triangle d’or » (on est dans le 8ème arrondissement de Paris) avec le sans-abri, le pèlerin et le touriste ou le provincial de passage.
Eh oui ! certains membres de la Cours de comptes, mais également d’anciens ministres ou d’anciens députés, certains même en fonction, fréquentent parfois le lieu, et il n’est pas rare que la conversation s’engage avec leurs voisins de tablée. Bref ! le lieu est hors du temps et du champ social.
Le Foyer sert des repas complets pour moins de 15 €, et, grâce notamment à des conventions passées avec Ozanam Madeleine (une autre association caritative à but non lucratif), et Connexion Plus (un groupe d’entraide mutuelle), ainsi qu’aux adhésions des membres de l’association, des personnes isolées, démunies, en situation de vulnérabilité psychique, ainsi que des étudiants, peuvent, tous les jours ouvrés de la semaine, y déjeuner pour 1 €.
Depuis novembre 2025, les menus proposés sont préparés sur place par la cheffe, avec des ingrédients frais, de saisons, et pour les plats principaux 100 % maison, garantissant des repas sains et savoureux.

L’impératrice Eugénie par Franz Xaver Winterhalter. © Google Art Project
L’apparition d’une solidarité envers les travailleurs
La création du Foyer a été concomitante avec l’émergence, autour des années 1830, de l’industrialisation. C’est l’époque de la 1ère révolution industrielle qui, en France, va réellement décoller, puis prendre de l’ampleur au Second Empire, grâce aux progrès techniques, à l’invention de machines, de nouveaux procédés de travail et sous l’impulsion de Louis Napoléon Bonaparte, empereur des Français de 1852 à 1870. Cette période va coïncider avec une volonté de lutter contre la paupérisation et l’éclosion de mouvements de caritatifs et de solidarité. Il s’agissait alors de venir en aide aux travailleurs, l’attention aux plus démunis, les indigents sans travail étant laissés aux bons soins de la charité chrétienne. C’est notamment l’Impératrice Eugénie qui, inspirée par son époux, et avec le concours de la paroisse de la Madeleine va initier une action caritative de lutte contre la pauvreté. Il s’ensuit l’ouverture d’ouvroirs (ateliers de charités où des jeunes filles se réunissaient pour travailler sous la direction de religieuses), la distribution de vêtements ainsi que l’organisation de distributions de vêtements et de repas à domicile.
Les « petites mains » de la haute couture
Avec Rose Berlin (1747–1813), une des premières grandes personnalités de la haute couture française qui installe, en 1770, sa maison de couture à l’enseigne « Le Grand Mogol » rue du Faubourg-Saint-Honoré, avec le quartier de la Madeleine, la rue Royale et la place Vendôme, incarne le luxe. La deuxième moitié du XIXe siècle voit éclore dans le quartier de nombreux ateliers et magasins de haute couture, dans lesquels sont employés les « petites mains », de jeunes couturières talentueuses mais aux revenus modestes.
A l’époque d’Eugénie, les personnes organisatrices de cette solidarité vis-à-vis de ces petites mains, les accueillent aux heures du repas au rez-de-chaussée de la Madeleine où elles pouvaient réchauffer sur des poêles leurs repas, préparés à leur domicile. On parle alors du « chaudron de la ‘midinette’ ou ‘dinette du midi’ ». A la fin du siècle, avec l’afflux en ville de nouveaux travailleurs, cette œuvre du midi sera proposée par d’autres paroisses.
L’épisode soixante-huitard
Depuis, jusqu’à nos jours, la Madeleine a, au gré des soubresauts de l’histoire, toujours, sous différentes formes et pour différents publics, notamment les plus déshérités, perpétué son action caritative. Ainsi, les grilles de la Madeleine se sont ouvertes en 1968, lors des manifestations étudiantes, aux personnes souhaitant déjeuner dans le calme. A l’époque le rez-de-chaussée est déjà équipé d’une cuisine d’où les bénévoles partent distribuer des repas aux domiciles de personnes indigentes ou isolées.
Un an après, en 1969, le curé de la paroisse, sensible à cette charité, fonde avec l’assistance de laïcs, l’association du Foyer de la Madeleine.
Si le Foyer affiche une belle longévité, il a néanmoins connu récemment des années difficiles. L’épisode de la pandémie de COVID et une gestion passée chaotique ont bien failli sonner le glas de l’association. Après une procédure de mise en faillite, décidée par une nouvelle équipe sous la direction de l’actuel président, Patrick Cruciata (un ancien cadre de la BNP qui a pris la direction du Foyer en tant qu’administrateur bénévole en 2020), aidé des administrateurs, des salariés et des bénévoles, le Foyer est sorti de l’ornière et a assaini ses comptes moyennant un plan de redressement judicaire avec étalement de la dette.
Une équipe dévouée et soudée



Lili, 84 ans, a adhéré et est active dans l’association depuis 18 ans. C’est sa nièce qui lui a fait découvrir le lieu et l’a incitée à reprendre une activité, car, devenue retraitée, elle se sentait décliner, se renfermait sur elle-même et craignait même de sortir. Ce bénévolat lui a permis de faire disparaître ses angoisses en recréant du lien social. Lili est toujours la première arrivée place de la Madeleine (à 7 h 30) et la dernière à en partir.

Engagez-vous !
Pour répondre au nombre croissant de convives, le Foyer recrute des bénévoles. Alors, si vous êtes tenté par cette aventure humaine, rejoignez-les en un clic ci-dessus.

En 2025, le Foyer a servi trois fois 120 repas, le dimanche 9 novembre, au 350 bénévoles (100 musiciens, 150 techniciens, 50 caméras) de l’équipe du pianiste français Julien Cohen, lors de son « Flashmob », organisé au croisement de la rue Royale et de la rue Saint-Honoré, à Paris. L’évènement musical a, sur une nouvelle version orchestrale du chant de Noël ukrainien, Carol of the Bells, lancé les illuminations de Noël du Comité du Faubourg Saint-Honoré.
Le Foyer en chiffres…
150 bénévoles, 4700 adhérents, 16 000 adhérents éphémères.
Nombre de repas servis : 42 900 en 2025 (30 190 en 2024); 182 par jour en moyenne en 2025 (133 en 2024) ; 221 repas par jour au dernier trimestre 2025.
Pour s’y rendre…
Foyer de la Madeleine
Place de la Madeleine-75008 Paris – accès via la rue Tronchet, côté marché aux fleurs.
Métro : 8 – 12 et 14 (Sortie église)
Bus : 24 – 42 – 52 – 84 – 94
Les différentes formules d’adhésion et les prix des repas :
–>Adhésion annuelle
-15 € pour obtenir la carte d’adhérent (client régulier), valable un an.
Le prix de tous les repas, pendant un an, est de 13,50 €
(9€ pour les enfants)
–>Adhésion du Jour, pour les clients de passage + 4 €
(+1,50 € pour l’option fromage en supplément du dessert)
Chaque adhésion permet de financer des repas solidaires à 1 €.
Nb. : les cartes d’adhésions se font sur place avec les bénévoles à l’accueil.
Le menu comporte une entrée, un plat, un dessert ou un fromage + un café ou un thé, servi par Lili.
Réservations possible entre 8 et 40 personnes, cliquer « ICI ».




